Quand l’équipe de Mix en Bouche ne cause pas nourriture, elle la dévore. Même au format papier. Pressés au printemps, deux pavés relèvent le goût des bouquins de cuisine. Normal, ils n’en sont pas, même si des recettes s’y sont glissées.  Un recueil d’histoires à côté d’une bande dessinée. Un Marseillais d’origine corse-vauclusienne face à un Parisien aux racines helvètes. Point commun ?  La presse, une paire de lunettes et une passion pour les (ré)jouissances culinaires qui frise l’obsession. Lectures compulsives.

On serait tenté d’attribuer des vertus sédatives à une double-page sur des tomates en salade. Et v’lan. Voilà qu’interviennent Philippe LARUE et Guillaume LONG. Le premier, quand il rengaine sa carte de journaliste à La Provence, débite en fines tranches un paquet d’anecdotes qui sentent le vécu et le figatellu grillé dans « Petits Soupers Sous Le Soleil » édités par La (bien nommée) Belle Ecriture.

Le second, blogastronome hébergé au Monde, croque du livre pour enfant mais aussi tout ce qu’il se met sous la dent : ça donne « A Boire et A Manger » chez Gallimard. Et en effet, la tomate d’une salade israëlienne à débiter en dés minutieux (page 61 de PSSLS) respire la tendresse d’un pique-nique sur le lac de Tiberiade en compagnie d’une vieille dame qu’on a envie d’embrasser. La tomate (encore elle) n’a jamais été aussi bandante que sarde (page 62 de AB&AM), fort bien dessinée, juteuse et décalée, et qui fait crunch, plop, kss-kss.

Oui, ces deux auteurs sont capables de faire entrer du suspense, du rire, de l’émotion dans vingt-sept cases sur un moulin à ail et cinq mille signes sur une partie de pêche dans la Durance. En refermant leurs ouvrages, leurs recueils, leur chroniques (appelez-les comme vous voulez), on a juste envie d’être leurs amis, se faire une place sur la tavola sicilienne dressée par Guillaume ou dans la Calanque de Dédé sur le plaid de Philippe.

Valérie « Alcaline » Marquet